Comment Graham Potter a mené la Suède au Mondial : « C’était la meilleure nuit de ma carrière »
By OnzeActu · · 5 min read
Après une campagne qualificative ratée, Potter a remplacé Jon Dahl Tomasson en octobre et, en quatre mois, a construit une équipe capable de passer par les play-offs. Rencontre avec un entraîneur qui confie ses méthodes, ses rencontres avec les joueurs et l’émotion du soir de Stockholm.
Quelques minutes après le coup de sifflet final du barrage, alors que l’euphorie n’était pas retombée, Graham Potter a rassemblé ses joueurs. « Regardez ça, c’est une putain d’équipe », a-t-il lancé en les désignant, avant d’afficher un large sourire. « Et on va au putain de Mondial, baby ! » Ce cri spontané, lourd d’émotion et de soulagement, résume bien la tâche unique d’un sélectionneur international : obtenir le résultat, vite.
La Fédération suédoise lui avait donné un objectif clair : « Emmenez-nous à la Coupe du Monde ». Potter n’a eu que quatre mois pour préparer deux matches décisifs. Et sur le terrain, une fois les joueurs réunis, il n’avait guère plus de 48 heures avant le coup d’envoi. « On n’a pas le temps de développer des idées complexes », explique-t-il. « Ce qui compte, c’est de mettre les joueurs qui ont le plus de chances de gagner. Alors ça devient simple : comment gagner ces matches ? »
Remplacé en octobre dernier après une campagne qualificative décevante, et lancé dans deux rencontres amicales sans enjeu (une lourde défaite face à la Suisse puis un nul contre la Slovénie), Potter a vu sa dernière opportunité venir via les play-offs de la Ligue des Nations en mars. Pendant quatre mois, il a voyagé à travers l’Europe pour rencontrer ses joueurs : une semaine à Udinese pour voir Jesper Kalström, une autre dans la loge de Tottenham pour discuter avec Dejan Kulusevski. Objectif de ces rendez‑vous : comprendre chaque joueur, savoir ce qui les motive.
En coulisses, Potter a travaillé depuis le siège de son agence à Londres mais a passé beaucoup de temps au siège de la Fédération à Stockholm, avec une équipe d’analystes, ses adjoints Bjorn Hamberg et Sebastian Larsson, et le coach spécialisé sur coups de pied arrêtés Andreas Georgson, qui officie à Tottenham et connaît bien le football suédois et la Premier League.
La préparation a porté ses fruits. En demi‑finale, Viktor Gyökeres a inscrit un triplé face à l’Ukraine, offrant à la Suède une finale à Stockholm contre la Pologne. « À quelle fréquence avez‑vous la chance de jouer un barrage devant votre public pour aller au Mondial ? », s’émerveille Potter. Le match a été d’une intensité folle : la Suède a mené, la Pologne a égalisé, puis encore la Suède, puis encore la Pologne. Puis, à deux minutes de la fin, le ballon a traîné dans la surface polonaise, a rebondi sur le poteau et Gyökeres a, de puissance, dépassé son défenseur pour inscrire le but de la qualification.
« Quand Viktor marque, c’est comme une expérience hors du corps », confie Potter. Les remplaçants ont foncé sur la pelouse, les règles disparaissent face à l’enjeu : tout est permis quand il s’agit d’aller au Mondial. Les messages de félicitations ont afflué ensuite, y compris celui de Zlatan Ibrahimovic. « Quel mec. Top, top », sourit Potter en évoquant le message du buteur suédois légendaire.
L’homme est lié à la Suède depuis longtemps. Il a convaincu sa femme de s’installer à Östersund en 2011, là où il a transformé un club de quatrième division en vainqueur de la Coupe de Suède et qualifié pour l’Europa League. « Je me sens très suédois quand je travaille », dit‑il. « Mes enfants sont nés en Suède, j’ai passé sept années incroyables. J’ai beaucoup de gratitude envers ce pays. »
Sa trajectoire l’a ensuite mené à Brighton, puis à Chelsea et West Ham, expériences dont il affirme tirer des enseignements, y compris des moments difficiles. « Les apprentissages viennent de ces expériences douloureuses », reconnaît‑il.
Quand la Suède l’a appelé, il a choisi de retravailler plutôt que de rester dans les médias. « Après West Ham, j’aurais pu faire du télé, ou revenir travailler. Ce n’est pas agréable si vous ne gagnez pas, alors il faut gagner. Heureusement, on l’a fait. » Sa première nostalgie du Mondial remonte au Mexique 1986 et à Diego Maradona, et il se rappelle aussi le demi‑exploit de la Suède à USA 1994.
Pour le tournoi en Amérique du Nord, la Suède est inscrite dans un groupe homogène avec la Tunisie, les Pays‑Bas et le Japon. Selon le classement Fifa cité par Potter, la Suède n’est pas favorite nette, mais elle s’appuie sur un duo d’attaquants performant : Alexander Isak et Viktor Gyökeres. Tomasson, son prédécesseur, avait peiné à faire jouer correctement les deux ensemble ; Potter espère y parvenir, Isak ayant souffert de problèmes de forme mais attendu pour le tournoi.
« Ils sont différents dans leur style, ce qui est bon pour nous », explique‑t‑il. « Viktor aime attaquer les espaces derrière les défenses. Alex a joué un peu plus large et parfois en dix à Newcastle. » Potter loue aussi le caractère de Gyökeres, dont l’impact en club (quatre buts en deux matches en fin de saison) a aidé la Suède à se qualifier.
La sélection a aussi entraîné des décisions difficiles. Annoncer à certains joueurs qu’ils n’allaient pas au Mondial « a probablement été l’une des conversations les plus dures » qu’il ait eu à mener. « Vous ne pouvez pas sous‑estimer l’impact de dire à quelqu’un ‘tu ne vas pas à la Coupe du Monde’ », confie‑t‑il.
La préparation s’est accélérée après les play‑offs. La Suède a fait ses choix logistiques tardivement — elle avait le dernier choix de base parmi l’offre Fifa — mais Potter estime que rester à Stockholm pour une pré‑camp est positif : les joueurs peuvent être auprès de leur famille avant le départ.
Le travail continue, y compris l’analyse des trois adversaires de groupe (Tunisie, Pays‑Bas, Japon) et la mise au point des détails. Mais pour Potter, il y a des instants qu’il ne pourra jamais oublier. « Je n’oublierai jamais cette nuit à Stockholm, c’était la meilleure nuit de ma carrière », conclut‑il. « Je ne peux même pas expliquer, c’était juste incroyable. »