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Mondial 2026 : l'évolution de Lionel Messi, pilier de l'Argentine

By OnzeActu · · 4 min read

Mondial 2026 : l'évolution de Lionel Messi, pilier de l'Argentine

À 38 ans, Messi vise son sixième Mondial et reste au centre des ambitions argentines. De l'ailier insaisissable au 'enganche' moderne, en passant par le faux neuf qui a redessiné les défenses, il a évolué à chaque étape de sa carrière pour conserver son influence sur les matchs.

Si l'Argentine veut devenir la première nation à conserver son titre mondial depuis 1962 — et seulement la troisième de l'histoire — il y a fort à parier que Lionel Messi en sera le cœur. À 38 ans, Messi se prépare pour son sixième Mondial, un record partagé avec Cristiano Ronaldo et Guillermo Ochoa, mais ce ne sera pas le même joueur que celui qui a débuté avec Barcelone en 2003.

La plupart des joueurs déclinent. Les plus grands trouvent des façons de s'adapter. Ronaldo s'est réinventé en chasseur de surface quand sa vitesse a diminué. Messi, lui, n'a pas seulement « géré » le déclin : il a transformé son jeu pour continuer à dominer et rester en avance sur un football constamment en mutation.

Quand Ronaldinho, alors la plus grande star du club, l'a vu s'entraîner pour la première fois, il a lancé : « il sera le meilleur ». Deux ans plus tard, en août 2005, Messi se révèle au grand public lors du trophée Joan Gamper contre la Juventus. Fabio Capello, alors entraîneur de la Vieille Dame, fut si surpris par l'adolescent de 18 ans qu'il aurait tenté de le recruter.

Sous Frank Rijkaard, l'idée était déjà claire : Messi devait être « au centre de tout ». Mais c'est avec Pep Guardiola, arrivé en 2008, que le mouvement s'accélère. D'abord cantonné à la droite, Guardiola le rapproche du cœur du jeu pour des raisons défensives — Messi ne revenait pas assez — mais aussi parce qu'il pressentait qu'il finirait toujours au centre des décisions. La bascule tactique majeure a lieu le 2 mai 2009, au Bernabéu. Guardiola éloigne Messi de la ligne et le place en pointe, sans lui demander d'être un avant-centre traditionnel : il doit décrocher, toucher, décider. Le plan fonctionne : 6-2 et la renaissance du faux neuf.

L'impact est colossal. Quand Messi décroche entre les lignes, les défenseurs adverses sont pris en porte-à-faux : le suivre crée des espaces, ne pas le suivre lui en laisse. Avec Xavi, Andrés Iniesta et Yaya Touré derrière lui, et Eto'o et Henry qui élargissent le jeu, chaque réaction adverse devenait erronée. Guardiola réitèrera l'idée, notamment lors de la finale de C1 contre Manchester United où Messi marque de la tête.

Entre 2011 et 2013, Messi inscrit 96 buts en 69 matches de Liga. Le Ballon d'Or, reçu pour la première fois en 2009 à 22 ans, deviendra presque une habitude : il le remporte encore en 2010, 2011, 2012, 2015 et 2019 — et totalisera finalement huit trophées.

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La transition démographique du vestiaire barcelonais a aussi contraint Messi à se réinventer. Après les départs de Xavi (2015) puis Iniesta (2018), il se retrouve parfois attendu pour porter à la fois la création et la finition. Il évolue alors vers un rôle d'« enganche » : moins dans la profondeur pure et plus dans l'organisation du jeu, alternant passes décisives et buts. En 2019-20, il compile 22 passes décisives et 25 buts en 33 rencontres de Liga. Sa dernière saison pleine à Barcelone (2020-21) lui rapporte 30 buts et 11 passes en 35 matches de Liga.

Son passage au Paris Saint-Germain confirme la mue : 11 buts et 15 passes décisives en 34 apparitions toutes compétitions confondues — pour la première fois à un niveau de club il termine une saison avec plus de passes décisives que de buts. Un chroniqueur argentin résumera la métamorphose : « un buteur devenu un Iniesta ». À Inter Miami et à travers la Copa America 2024, Messi marche davantage qu'il ne sprinte : on le critiquait pour cela autrefois, aujourd'hui c'est le signe d'une maîtrise totale du tempo.

Le poids de la sélection a aussi façonné le joueur. Devenu capitaine en août 2011, il a traversé une période lourde en défaites : finale du Mondial 2014 perdue contre l'Allemagne, finales de Copa America 2015 et 2016 perdues face au Chili aux tirs au but. Après avoir envisagé d'arrêter, il revient et change d'attitude : la Copa America 2021, remportée contre le Brésil au Maracanã, libère enfin l'Argentine. Sa prise de parole avant la finale est restée comme un moment où il a réellement galvanisé le groupe.

Le Messi du Mondial 2022 est la synthèse de ces transformations : il y a le sprint retrouvé face à Josko Gvardiol en demi-finale contre la Croatie, le sens du timing et de la passe dans la finale contre la France (dont la passe pour Nahuel Molina), et le sang-froid aux tirs au but. « Le football a beaucoup changé », confie-t-il à Zinedine Zidane en 2023, conscient d'avoir joué à travers plusieurs ères tactiques et physiques.

« Le dernier Messi est toujours le meilleur Messi », disait Pablo Aimar, son idole d'enfance. À bien des égards, cela reste vrai. Ce que Messi a accumulé au fil de deux décennies n'est pas seulement une collection de titres et de statistiques : c'est la preuve qu'un joueur peut se réinventer à chaque étape de sa carrière. Du jeune ailier qui a ébloui Capello au faux neuf qui a redessiné la carte tactique européenne, du chef d'orchestre devenu capitaine libérateur au vétéran qui économise ses efforts pour décider des moments-clés, Messi n'a cessé de devenir quelqu'un de nouveau.

Le chemin vers le Mondial 2026 engendrera encore de nombreux superlatifs à son sujet. Ils risquent pourtant de manquer l'essentiel : l'histoire de Messi n'est pas seulement celle de ses capacités — c'est celle de ses réinventions successives.

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